Sophie Hurel est bien plus qu’une artisane relieuse : elle est une ambassadrice de la transmission, une défenseure acharnée des métiers d’art et une figure engagée au sein de la CNAMS de Paris. Son parcours, à la fois atypique et inspirant, reflète une passion profonde pour un métier où la patience, la précision et le respect des matériaux nobles sont les piliers d’un savoir-faire d’exception.
Diplômée d’État et récompensée par le label Excellence Artisanale, Sophie Hurel a embrassé la reliure en 2006, dans le cadre d’une reconversion professionnelle. Après avoir obtenu son CAP, elle s’installe à son compte dès 2008, d’abord en collaboration avec un graphiste, puis, depuis huit ans, au sein du Village Suisse, un lieu emblématique de Paris où son atelier, Reliure au Féminin, est devenu une référence.

Son travail allie tradition et modernité : elle restaure des livres anciens, crée des carnets sur mesure, des albums de mariage ou des boîtes personnalisées, en utilisant des matériaux d’exception comme le maroquin, le chagrin, le box, ou encore des papiers marbrés artisanaux, fabriqués dans des cuves par des marbreurs.
Chaque pièce est unique, pensée pour durer, et porte la marque d’un travail entièrement manuel, sans couture mécanique ni production en série :
« Le titrage et les inscriptions sont réalisés par un doreur et je fais appel à un pareur pour amincir le cuir et sublimer chaque détail ».
Son approche est résolument personnalisée, et son atelier est un lieu où l’on vient autant pour restaurer un livre que pour découvrir l’art de la reliure à travers des créations originales.
Sophie Hurel s’adapte aux besoins spécifiques de ses clients, qu’il s’agisse de bibliophiles — qui représentent les deux tiers de sa clientèle — ou de familles souhaitant préserver des souvenirs précieux :
« Chaque projet est une histoire, et mon rôle est de lui donner une seconde vie, ou de la créer de toutes pièces ».

Mais Sophie Hurel ne se contente pas de maîtriser son art : elle le transmet. Depuis plusieurs années, elle donne des cours de reliure à Fontainebleau, dans le cadre d’une association, et accueille régulièrement des stagiaires dans son atelier. « C’est un vrai plaisir de partager ce savoir-faire », confie-t-elle.
Pourtant, elle constate avec tristesse que l’orientation des jeunes pose problème :
« Je vois parfois des profils qui ne savent pas pourquoi ils sont là et qui n’ont aucune envie d’apprendre ce métier. C’est dommage, car c’est un métier magnifique, qui mérite des passionnés. »
Malgré cela, elle garde espoir, notamment grâce à l’un de ses stagiaires, qui a remporté la médaille d’or au concours du Meilleur Apprenti de France.
« Je l’ai accompagné à chaque cérémonie pour lui apporter mon soutien. C’est une grande fierté de voir que ce métier peut encore inspirer les nouvelles générations. »

Son engagement ne s’arrête pas aux murs de son atelier. Sophie Hurel est également une figure active au sein de la CNAMS de Paris, où elle occupe le poste de secrétaire de bureau.
Son implication trouve ses racines dans une histoire personnelle : Pendant ses études d’histoire puis de droit à Caen, elle a rejoint un syndicat étudiant en 1986 pour « contrer » les blocages de la faculté et permettre aux étudiants d’accéder aux cours. « La fibre syndicale m’est sûrement venue de cette période », explique-t-elle.
Quand pendant la crise du Covid-19, alors qu’elle continuait à travailler dans son atelier sans pouvoir recevoir de clients, elle s’est retrouvée confrontée à un problème de masques, elle explique :
« J’ai contacté la Chambre des Métiers d’Île-de-France, qui m’a mise en relation avec Mouhssine Berrada, alors président de la CNAMS de Paris. Il est venu à mon atelier avec ce dont j’avais besoin pour continuer à travailler. »
Peu de temps après, il lui a proposé de s’engager à ses côtés au sein de la CNAMS de Paris, mais aussi pour les élections à la CMA de Paris. « J’ai naturellement accepté », raconte-t-elle.
Pour elle, il est essentiel de se regrouper pour défendre les spécificités des métiers d’art, souvent méconnus ou sous-estimés.
« Sans la CNAMS et l’U2P, nous n’aurions eu aucune aide pendant le Covid-19. Il est normal de rendre la pareille. »
Elle insiste également sur l’importance de briser l’isolement des artisans :
« Retrouver d’autres professionnels, échanger sur nos problèmes, mais surtout sur nos solutions, c’est vital. »
Aujourd’hui, Sophie Hurel continue de marier tradition et innovation dans son atelier niché au sein du Village Suisse – Cours Anglaise, du 78 avenue de Suffren, dans le 15e arrondissement de Paris. Son travail, son engagement et sa passion font d’elle une figure incontournable de la reliure et des métiers d’art.
« Ce métier est bien plus qu’un simple travail : c’est une vocation, une manière de préserver un patrimoine et de le transmettre aux générations futures », conclut-elle.



Pour aller plus loin
Adresse : 78 avenue de Suffren, 75015 Paris (Métro La Motte-Piquet, lignes 6, 8, 10)
Site web : www.reliureaufeminin.com
Contact : 06 17 08 32 26 | sophie.hurel@reliureaufeminin.com
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